Vers une vision partagée de la gestion du risque

La densité de nos zones urbaines, la multiplication des enjeux, l’interdépendance  des réseaux techniques et des services vitaux (électricité, assainissement et distribution d’eau, transports, télécommunications, etc.), nécessitent de construire une vision partagée de la résilience urbaine aux risques.

L’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, le tsunami au Japon, et plus récemment le tremblement de terre au Népal, ces catastrophes naturelles révèlent notre vulnérabilité croissante aux risques. Cette exposition aux risques implique de développer la résilience de nos sociétés – c’est-à-dire leur capacité à résister aux conséquences d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur fonctionnement normal. 

L’exemple parisien

L’aire urbaine de Paris - 12 300 0000 habitants, plus de 700 000 entreprises et des millions d’emplois concentrés sur une superficie relativement restreinte – illustre bien cette problématique. La densité de la population et la concentration des activités, des habitats et des réseaux font que cette agglomération serait particulièrement exposée en cas de catastrophe.  La multiplicité des enjeux à prendre en compte, la diversité des risques et la complexité de la gouvernance de l’aire urbaine en font un bon exemple des contraintes et des défis liés à l’amélioration de la résilience urbaine des grandes agglomérations face aux risques.

 

 

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La menace d’une crue, risque numéro 1

L’événement naturel le plus dévastateur pour l’aire urbaine de Paris  serait une crue d’occurrence centennale, d’une ampleur comparable à celle qui submergea Paris en 1910. C’est pourquoi l’hypothèse d’une crue majeure en Ile-de-France fait l’objet depuis une quinzaine d’années d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics, associés aux acteurs de la prévention et de la gestion du risque.


Une probabilité accrue

L’urbanisation rapide et les conséquences du changement climatique  - le risque d’inondation devrait augmenter de manière significative dans les années à venir - augmentent à la fois la probabilité de l’aléa et sa gravité. Il est nécessaire pour toutes les villes de s’adapter aux changements à la fois climatiques et socio-économiques en développant de nouvelles stratégies de gestion du risque d’inondation.

 

Face à ce risque

Les acteurs de la prévention, ceux de la sécurité civile ainsi que les élus locaux travaillent  à diminuer la vulnérabilité des zones urbaines situées en zones inondables. Ce travail porte, entre autres, sur  la prévention - connaissance de l’aléa, information, réglementations, aménagements –, l’évaluation affinée des enjeux en zones inondables, ainsi que sur l’étude des conséquences d’une crue majeure sur les systèmes et sur les réseaux critiques. 


L’assainissement, problème essentiel en cas de crue

La défaillance des réseaux urbains peut aggraver les dommages causés par une inondation, en particulier en ce qui concerne les réseaux d’assainissement. Non seulement les habitants n’auraient plus l’usage de leur réseau d’assainissement mais le reflux des eaux usées dans les habitations poserait des problèmes de santé publique : l’eau contaminée par des eaux usées peut contenir des bactéries et des virus qui peuvent être nuisibles pour la santé.

C’est pourquoi le SIAAP (Syndicat Interdépartemental pour l'Assainissement de l'Agglomération Parisienne.), ainsi que tous les gestionnaires de réseaux et de stations d’épuration des eaux, travaillent à assurer la continuité de l’assainissement en période de crue. C’est d’ailleurs une obligation réglementaire pour l’assainissement que d’assurer les besoins prioritaires en période de crise. La préparation à la crue passe par la définition de consignes opérationnelles sur les réseaux et usines lors de la montée des eaux. Ces consignes sont remises à jour en fonction des informations connues sur la disponibilité des autres réseaux (routiers, énergie, télécom… ). L’objectif étant également de redémarrer au plus vite, il s’agit de protéger les équipements critiques des installations en vue de leur redémarrage.

La continuité de l’assainissement en période de crue est cependant une question complexe. Ainsi les grands réseaux du SIAAP qui sont à écoulement gravitaire continueront à fonctionner et donc à transporter des eaux, mais les réseaux qui nécessitent une station de pompage (relèvement des eaux) demandent en revanche un maintien de la fonction de pompage.  Il n’est donc pas possible en l’état d’estimer la proportion des équipements qui continueraient à fonctionner.

Développer une approche collaborative

Pour autant, ces dispositions suffisent-elles à construire la résilience urbaine de l’agglomération parisienne ? Il semblerait que la réponse soit négative. Dans une « Note rapide », l'Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile-de-France (IAU)  pointe des lacunes, parmi lesquelles : des degrés d’avancement différents dans les diagnostics de vulnérabilité ;  la superposition des périmètres de gouvernance ; l’hétérogénéité des stratégies de gestion du risque, la difficile gestion des interdépendances entre les opérateurs. L’IAU affirme la nécessité d'une approche collaborative renforcée basée sur la transversalité ;  du partage de l’information et de la mutualisation des connaissances entre opérateurs – rendus parfois difficile pour des questions de concurrence, de sécurité, ou de complexité grandissante. Il faut construire une vision partagée des enjeux et favoriser l’élaboration de solutions intégrées.

Innover, intégrer, penser la complexité

Les stratégies d’adaptation et de gestion du risque évoluent mais elles restent encore souvent défensives. Penser la gestion des risques à partir du concept de résilience urbaine impose une pensée prospective et innovante, une approche dynamique et intégrée qui considère la totalité des dimensions du système urbain. L’un des principaux enjeux – et pas seulement pour la problématique inondation – est d’intégrer ces objectifs de résilience dans les réflexions d’aménagement et de développement de nouvelles infrastructures et réseaux. 


Le rôle majeur des collectivités locales

Le rôle des collectivités locales sera prépondérant en cas de crise, qu’il s’agisse  de la  réponse organisationnelle, de la solidarité à mettre en œuvre, ou du maintien de la continuité des services publics. Idéalement, la réponse devrait même être portée par ces collectivités, qui sont souvent concédantes de services urbains.

 

L’engagement de Paris

La Ville de Paris, en collaboration avec la zone de défense et de sécurité, s’est engagée dans ce processus. Elle réunit régulièrement une quinzaine d’opérateurs de réseaux, pour faire connaître et partager les décisions qui seraient prises en cas de crue exceptionnelle de la Seine.


Un exemple à suivre

La mise en œuvre des stratégies locales de gestion des risques d’inondation, à l’échelle du territoire à risques importants (TRI) de la métropole francilienne, pourrait constituer un cadre à des démarches similaires sur d’autres territoires fortement exposés.

 


Le saviez-vous ?

435 000 logements, 830 000 habitants, 100 000 entreprises et 750 000 emplois sont directement exposés au risque inondation en Ile-de-France.

Plus de 1 000 milliards de dollars par an… c’est le coût estimé total des inondations dans les grandes villes côtières de la planète à l’horizon 2050, si rien n'est fait pour endiguer la menace.

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