Témoignage : comment se comporter en cas d’ouragan ?

L’ouragan Sandy, qui avait dévasté la côte est des Etats-Unis il y a un an, fut responsable de plus de 200 décès et a causé plus de cinquante milliards de dollars de dégâts. Martine VOLARD, qui a vécu directement la catastrophe dans la région de New-York, a bien voulu témoigner de ce qu’elle a vécu et nous dire les enseignements qu’elle en a tiré.

Présentation :

Martine Volard vit à New Rochelle, dans la grande banlieue de New-York depuis septembre 2010. Consultante en management et en organisation pour les collectivités locales, elle avait un mandat de conseillère municipale et de présidente du Groupe Modem /Cap 21 à Courbevoie (92). Elle se consacre depuis son arrivée aux Etats-Unis à du bénévolat et à des activités politiques. Suite à l’invalidation de l’élection de Corinne Narissaguin, député de la 1ere circonscription de l’Etranger, elle a été suppléante du candidat Modem pour l’élection partielle de 2013.

Comment avez-vous vécu le passage de Sandy ?

Nous nous sommes retrouvés un matin sans aucun moyen de communication : portable, fixe, tv, internet … et  sans électricité. Nos déplacements étaient rendus difficiles du fait  des nombreuses routes coupées. Nous craignions à la fois les chutes d’arbres, car nous habitons dans un quartier très boisé, et les inondations, car la coupure d’électricité rendait inopérantes les pompes qui équipent la plupart des maisons. Lors de l’ouragan précédent, nous avions été fortement inondés, mais par chance, cette fois-ci ce ne fut pas le cas, les pluies ayant été moins abondantes que prévues. En revanche, la puissance des vents a créé un paysage de désolation, beaucoup d’arbres renversés et la plupart des fils électriques à terre. Beaucoup de transformateurs électriques ont également été détruits, provoquant d’étranges illuminations nocturnes.

     

 

Aviez-vous été prévenus de la survenue de la tempête et informés des mesures à prendre ?

Oui, par la télévision, et par la Ville qui a un système d’alerte téléphonique et une rubrique dédiée à la gestion des catastrophes sur son site Internet : numéros d’urgence, lieux des abris, moyens de se préparer, affaires et papiers à avoir avec soi… La police passait dans chaque maison des quartiers ayant fait l’objet d’un ordre d’évacuation.

En revanche, beaucoup de personnes ont minimisé voire négligé l’impact de cet ouragan, car l’année précédente, l’ouragan Irène avait finalement fait beaucoup moins de dégâts qu’annoncé. Une grande partie de la population a pensé que les medias et les pouvoirs publics en faisaient beaucoup pour se couvrir et n’a pas forcément respecté les mesures d’évacuation. 

Qui a le plus souffert de la tempête ?

Je pense que tous les secteurs ont souffert, particulièrement le commerce. Beaucoup de magasins étaient fermés et ceux restant ouverts fonctionnaient avec générateur, sans produits frais. La plupart des stations-services étaient fermées. Un rationnement sévère a été mis en place, avec très souvent une présence policière pour gérer les files d’attente. Les écoles sont restées fermées une semaine.

Il n’était plus possible d’aller travailler à Manhattan car les trains ne fonctionnaient plus. Les activités économique, sociale et administrative se sont arrêtées la première semaine et n’ont repris que progressivement. Environ les 2/3 de la population de New Rochelle (qui compte 78.000 habitants) s’est retrouvé privée d’électricité  - parfois pendant deux semaines, alors que la neige arrivait.

Les maisons en bord de mer sont celles qui ont le plus souffert, du fait  de l’importance des inondations. 

      

Quelles mesures aviez-vous prises pour assurer votre sécurité ?

L’ouragan étant annoncé le lundi soir, le week-end précédent a été entièrement consacré aux préparatifs.

Nous avons suivi les consignes données : nous avons fait quelques stocks de provisions, bougies, et lampes à gaz. Nous avions heureusement pensé à faire le plein d’essence. Nous avons préparé la maison en rentrant à l’intérieur tous les mobiliers, ustensiles, décorations… positionné des sacs de sable, et calfeutré au mieux les portes et fenêtres. Dans l’éventualité d’une inondation, nous avions surélevé le mobilier et mis à l’abri les provisions, préparé un petit sac d’évacuation contenant nos papiers, et repéré l’abri le plus proche de chez nous. Nous avions également envisagé de dormir en rez-de-chaussée, vu les risques de chutes d’arbre, mais ne l’avons finalement pas fait.  

Quelles furent les mesures prises par les pouvoirs publics? 

Avant la tempête, mesures d’évacuation, fermeture des écoles, des services publics, des trains, des métros dès le dimanche soir ou le lundi matin. La plupart des entreprises ont invité leurs employés à rester chez eux dès le lundi matin. Par ailleurs, des abris, essentiellement dans des écoles, avaient été ouverts et des messages  d’information étaient diffusés.

Après la tempête, l’absence d’électricité et de moyens de communication a rendu tout très compliqué, y compris l’accès à l’information. Très vite, les bâtiments publics (écoles, bibliothèques,…) qui avaient récupéré l’électricité ont été ouverts pour que les gens puissent venir passer un moment, se réchauffer et recharger leurs batteries… Les fils électriques tombés à terre étaient signalés et des agents de sécurité se trouvaient 24h/24h dans les secteurs  les plus dangereux.

  

Quels enseignements en tireriez-vous, en particulier sur la fragilité de nos sociétés face à ce type d'aléas ?

Nos sociétés modernes sont extrêmement fragiles, car reposant beaucoup sur l’électricité et les moyens de communication. Dans un cas comme celui, ou une grande partie des infrastructures est endommagée, toute l’activité est bloquée, l’accès au secours et l’information difficiles. A Manhattan, beaucoup de personnes se sont retrouvées prisonnières de leur immeuble. Lorsqu’on habite au 50e étage d’une tour, il peut être impossible de sortir se ravitailler sans ascenseur. 

Que doivent faire les pouvoirs publics ?

Les pouvoirs publics doivent être extrêmement bien structurés et organisés à tous les échelons pour pouvoir agir même quand les services publics eux-mêmes sont affectés. Cela demande d’avoir des plans prêts, des moyens humains et matériels mobilisables, une grande réactivité de mise en place, mais aussi une grande coordination. 

Surtout que des pillages et des vols, ou des incidents dans les files d’attente surviennent très rapidement, accentués par la fatigue et le stress. La présence policière reste donc nécessaire. Il est également important que les villes aient un recensement des personnes les plus vulnérables (personnes âgées et handicapées, personnes seules) pour pouvoir leur porter assistance. 

Et les individus ?

Chacun doit se préparer pour savoir comment réagir, il faut se sensibiliser, s’informer, apprendre les bons gestes. La solidarité entre les hommes est également déterminante. Nous avons constaté à New Rochelle que la solidarité de quartier a été extrêmement forte ; c’est d’ailleurs l’un des points forts de la société américaine contrairement à beaucoup d’idées reçues. Localement, les gens se sont entraidés pour l’hébergement, l’eau chaude, le partage de générateur… pour porter des repas aux plus isolés, déblayer les routes… sans attendre l’aide publique. La société américaine attend moins en général des pouvoirs publics et cela lui donne une force supplémentaire en cas d’évènements comme celui-ci. Je crains que les sociétés européennes ne s’appuient trop sur les pouvoirs publics.

Nos sociétés sont elles prêtes à affronter ce type de catastrophes ?

Les Etats-Unis subissent régulièrement des conditions climatiques extrêmes et les services publics sont généralement bien équipés et expérimentés. Il existe une agence fédérale de gestion de ces risques, ainsi que des agences dans chaque Etat. La plupart des villes ont par ailleurs une cellule en charge de cela, avec une coordination forte avec la police et les pompiers. Cette bonne organisation préventive et réactive aux Etats-Unis explique en grande partie,  me semble-t-il, le nombre finalement limité de morts. Je pense qu’en France, les plans sont surtout étatiques, via les préfectures, mais peu de communes et villes sont effectivement prêtes et organisées.

En conclusion, je dirais que la meilleure préparation doit combiner une organisation fortement structurée et coordonnée des pouvoirs publics - dans toutes les phases avant, pendant, et après la crise - à une sensibilisation et formation de chaque citoyen.

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