Rôle et missions des Coordonnateurs Académiques Risques Majeurs/éducation (RMé)

Les 6 et 7 mai dernier, se tenait à la grande arche de la Défense, la réunion interministérielle des coordonnateurs académiques Risques Majeurs éducation. Une rencontre qui associait le MEEDDM, la Direction de la Sécurité Civile et l’Education Nationale.

Deux jours d'échanges qui ont permis aux coordonnateurs de toute la France de se retrouver et de faire le point sur leurs missions, de partager les expériences et d'approfondir leurs connaissances.

M. Gilles Ferier, coordonnateur Risques Majeurs pour l'Académie de Paris a répondu à nos questions pour présenter le rôle et les missions assignées aux coordonnateurs académiques dans la sensibilisation et la prévention des établissements scolaires face aux risques majeurs.

Prim.net : Qu'elle est l'origine  ce réseau de coordonnateurs qui se réunit aujourd'hui à Paris ?

Gilles Ferier, coordonnateur Rmé de Paris : C'est la circulaire du 8 juillet 2004 intitulée «Généralisation d’une Education à l’Environnement pour un Développement Durable (EEDD) » qui a créé le réseau de coordonnateurs académiques aux Risques Majeurs/éducation (Rmé).  Nommé par le recteur, chaque coordonnateur académique RMé anime une équipe de formateurs des différents services de l’Etat qui sont autant de personnes ressources capables de porter leur appui auprès des chefs d’établissements ou des directeurs d’école et des enseignants.

Quel objectif est assigné à ce réseau ?  

Gilles Ferier : A l’origine, le réseau des coordonnateurs s’était constitué, sous tutelle administrative du ministère de l’Environnement mais dans une approche pédagogique en lien avec l’éducation Nationale, pour y développer la culture du risque. L’objectif opérationnel était de réussir à développer auprès des élèves et des enseignants une véritable culture de la sécurité face aux risques majeurs. L’idée du Ministère de l’Environnement était aussi de passer par les enfants pour diffuser cette culture du risque auprès de leurs parents. L’école était perçue comme un excellent vecteur, à travers le relai des enfants, pour sensibiliser l’ensemble de la population aux risques naturels et technologiques.

Cette réunion des coordonnateurs académique permet d’animer ce réseau et de confronter à la fois nos difficultés, nos réussites et de s’inspirer mutuellement de ce que chacun fait dans son académie. Ce sont donc pour nous des échanges particulièrement enrichissants.

Pourquoi cette réunion est-elle interministérielle ?

Gilles Ferier : Une telle réunion interministérielle permet à nos trois ministères de tutelle, le MEEDDEM, l’Intérieur et l’Education Nationale, de constater notre investissement sur le terrain pour faire vivre ce réseau. Elle nous permet aussi de leur faire passer des messages forts. Enfin elle est l'occasion de confronter nos trois cultures ministérielles, qui bien que différentes, se complètent en terme de compétences : l’Intérieur apporte sa capacité de structuration et de planification indispensable pour aborder la gestion de crise ; l’Environnement apporte toute la partie technique permettant de comprendre les risques ; et enfin, l’Education Nattionale apporte la pédagogie : c'est à dire la capacité à expliquer et à former la population,  et pour cela ce ministère doit s’approprier cette culture du risque et de la sécurité qui n'est pas la sienne à l'origine. Ainsi en cas d’exercices ou d’événements graves, nous nous connaissons mutuellement et sommes capables de partager nos cultures propres nos différentes approches. Comme nous l’avons vu durant la crise de pandémie de grippe A, l’Education nationale est désormais partie prenante dans la gestion des crises et des grands risques. Avec la mise en place des PPMS dans les établissements scolaires, l’Education nationale est également reconnue dans sa capacité à protéger les personnes dont elle a la charge.

iode & co

Comment est-on passé d'une démarche purement pédagogique à l’organisation interne des établissements face aux risques avec les PPMS ?

Gilles Ferier : La problématique de l'école face aux risques a été abordée dans les écoles dès 1996 avec le Plan SESAM (Plan d'organisation des Secours dans un Établissement Scolaire face à l'Accident Majeur) qui est l’ancêtre du PPMS. Ce plan SESAM s’appliquait à une partie restreinte des établissements puisqu’il était essentiellement centré sur les écoles situées à proximité d’un établissements SEVESO, d'une centrale nucléaire ou en zone sismique.

Le vrai changement de mentalité face aux risques majeurs intervient à la suite des tempêtes de fin 1999 qui frappent l’ensemble du territoire mais surtout avec l’explosion de l’usine AZF. Deux catastrophes qui en impactant directement un grand nombre d’établissements scolaires, ont révélé leur grande vulnérabilité face aux risques majeurs. La démarche volontaire devait devenir une démarche obligatoire.

Le Plan SESAM a donc cédé la place au PPMS ?

Gilles Ferier : Le Plan SESAM était trop compliqué à mettre ne place et pas assez réaliste. Il a donc été repris et simplifié, notamment par d’Education Nationale, aboutissant à ce qui deviendra le PPMS : c’est à dire un plan très simple se résumant en cas d’alerte à une mise en sureté des élèves dans le lieu le plus sûr de l’établissement.
L'organisation d'un PPMS répond pour le directeur d'école à une obligation de moyens dans la mise en place d'un dispositif d'attente.

Le PPMS peut-il se résumer à une simple mise en sureté ?

Gilles Ferier : L’idée fondamentale est de comprendre qu’en cas de crise majeure de type AZF, pendant plus d’une heure les secours seront paralysés par l’ampleur de la catastrophe et les établissements devront donc s’organiser seuls dans l’attente de l’arrivée des secours.

Le PPMS n’est pas une simple mise en sûreté : dans cette posture d’attente, il faut aussi pouvoir communiquer avec l’extérieur, pour les informer de la situation et réclamer ou non des secours. Pour leur PPMS, les écoles s’équipent donc de matériels dédiés : téléphones, lampes torches, corne de brume, radios solaires ou à dynamo, stock d’eau… tout ce qui est indispensable pour permettre à l’établissement de s’organiser dans l’attente des secours et dans des conditions très dégradées. Comme les mesures de confinement peuvent durer un certain temps, il convient donc de trouver un lieu qui en plus d’être le plus sûr, doit pouvoir répondre à certains impératifs logistiques comme la disposition d’eau et de sanitaires. Le lieu doit être assez grand et rassurant pour maintenir les élèves dans de bonnes conditions psychologiques et physiques, et éviter les effets de panique.

Justement, comment sont pris en compte les aspects psychologiques pour ces PPMS ?

Gilles Ferier : Sur Paris, nous avons décidé de former toutes les infirmières scolaires sur les problématiques de risques majeurs, avec le soutien du SAMU. En complément d’une présentation des grands risques pesant sur la capitale et l’organisation des secours en cas de crise majeure, le Dr Creminter du SAMU de Paris leur a détaillé le rôle et les missions des Cellules d'urgence médico psychologique(CUMP) qui peuvent intervenir dans des écoles après des événements traumatisants. Il a également insisté sur le soutien psychologique que les infirmières peuvent apporter auprès des élèves en cas de crise.

Quel rôle joue le coordonnateur dans la mise en place des PPMS par les établissements de son académie ?

Gilles Ferier : Vis-à-vis du PPMS, le coordonnateur a tout d’abord un rôle d’information et de formation directeurs d'école, des chefs d’établissement et de leurs équipe. Ensuite il a un rôle d’incitation pour qu’ils s’engagent concrètement dans la réalisation d’un PPMS. Puis tout un travail d’accompagnement doit être mené durant l’élaboration du plan pour les aider en les faisant profiter de l’expérience de tous les établissements ayant déjà engagé cette démarche de mise en sûreté. Enfin, le coordonnateur aura un rôle important pour la réalisation des exercices. Il est en effet fortement préconisé avec le PPMS de faire un exercice annuel, car c’est l’occasion vérifier le matériel, de valider le plan et si besoin de le réactualiser.

Vous êtes coordonnateur de l'Académie de Paris, combien d’établissements scolaires supervisez-vous et comment y est perçu le PPMS ?

Gilles Ferier : Notre Académie représente 900 établissements, regroupant les maternelles, les écoles élémentaires, les collèges, les lycées et les établissements universitaires. Actuellement 100 % des établissements élémentaires parisiens ont leur PPMS. Ce bon résultat s’explique par la volonté forte de l’inspecteur d’académie du premier degré, qui ayant vécu la catastrophe de Toulouse a compris l’importance d’inciter fermement les établissements à élaborer un PPMS, tout en les accompagnant dans cette démarche.

Au niveau du secondaire, la mise en place des PPMS s’avère plus difficile car les situations sont plus complexes, avec parfois des établissements de plus de 2000 élèves et répartis sur plusieurs sites.
Notre rôle de coordonnateur est aussi d’inciter ces établissements à progresser dans leur démarche. Dans son rapport 2009, l’Observatoire national de la sécurité et de l’Accessibilité des établissements d’enseignement (ONS) montre que dans le premier degré seul 51 % des établissements scolaires ont mis en place un PPMS (dont 46 % ont effectué des exercice de simulation). On constate d'ailleurs que les meilleurs résultats sont obtenus dans les académies ayant mis en place des stratégie d’accompagnement.

Constatez-vous des réticences de la part des chefs d’établissement pour élaborer un PPMS ?

Gilles Ferier : Je n’ai jamais rencontré d’hostilité de leur part, parfois de l’inquiétude, car certains estiment que les questions de sécurité ne relèvent pas de leur compétence et de leur métier. Notre rôle est, là encore, de les sensibiliser aux questions de risques majeurs. Le rapport de l'ONS souligne d'ailleurs que 50 % des chefs d’établissement ignore si leur commune est soumise à un PPRN (Plan de Prévention des Risques naturels). Il est important de bien expliquer que le PPMS n’est pas plus compliqué qu’un exercice d’évacuation face à l’incendie.

A ce propos, le PPMS s’applique-t-il en cas d’incendie ?

Gilles Ferier : Non, dans les écoles, il faut comprendre qu'il y a deux postures possibles, et bien distinctes, entre l’évacuation en cas d’incendie et le confinement en cas de risque majeur. Lors d’une alerte incendie, il faut sortir de l’établissement et s’en éloigner le plus vite possible. Des exercices d’évacuation incendie doivent d’ailleurs être menés chaque année avec les élèves et le corps enseignant pour les entraîner. A l’inverse, le PPMS, annoncé par un signal spécifique (en l’occurrence la corne de brume pour l’Académie de Paris ) indique une mise en sûreté au sein de l’établissement. Pour bien faire connaître et comprendre la démarche du PPMS, nous avons pris le parti de médiatiser certains exercices de mise en sûreté, avec l’aide de la préfecture de police, de la BSPP et de la Mairie de Paris.

Comment un coordonnateur appréhende-t-il les risques majeurs dans son académie ?

Gilles Ferier : Nous devons, comme cela est détaillé dans nos lettres de mission, développer des partenariats au sein de nos académies avec les différents services de sécurité civile et de secours. A Paris, c’est donc avec la Préfecture de Police, la Brigade des Sapeurs-pompiers de Paris, le SAMU 75 mais aussi les grands opérateurs comme EDG-GDF ou TOTAL, que nous travaillons pour préparer les écoles aux risques majeurs. Nous avons ainsi fait une cartographie des risques dans la capitale afin que chaque responsable d’établissement scolaire ait une connaissance précise des risques susceptibles de le toucher. A Paris, nous avons notamment les risques liés aux mouvements de terrain, aux inondations, aux canalisations haute pression, aux axes où transitent les véhicules transportant des matières dangereuses, aux établissements industriels qui présentent des risques d’explosion… Le champ des risque à couvrir est donc vaste et notre travail de prévention indispensable.