Le risque nucléaire

Au moment où le monde entier a les yeux rivés sur le Japon qui connaît la pire catastrophe naturelle de son histoire, le spectre d'un nouveau Tchernobyl plane sur l'archipel nippon, seul pays au monde de surcroît à avoir été frappé par l'arme atomique, il y a maintenant 65 ans. Au risque de séisme et de tsunami parfaitement connu et intégré par la population japonaise, s'est ajouté, par un dramatique effet dominos, le risque nucléaire, jusqu'ici totalement minoré par les autorités du pays.
Au delà du cas de la centrale Fukushima, voici quelques éléments clés pour comprendre le risque nucléaire : les notions de bases, les enjeux et la gestion de ce risque en France.

Vue aérienne de la centrale japonaise de Fukushima
©DR

Qu'est-ce que la radioactivité ?

Découverte par Becquerel en 1896, la radioactivité a suscité de nombreux espoirs de par ses premières applications : radiographie, radiothérapie, etc. L'accident de Tchernobyl en 1986 a montré les dangers potentiels des utilisations de l'énergie nucléaire. La radioactivité et les rayonnements émis peuvent en effet avoir des conséquences néfastes sur l'homme et l'environnement, d'où la nécessité d'expliciter dans ce domaine certaines notions de base.

- La radioactivité : certains noyaux sont instables, c'est-à-dire qu'ils perdent spontanément des neutrons et/ou des protons (on dit qu'ils se désintègrent), en émettant différents types de rayonnements. On appelle ce phénomène la radioactivité. Les éléments composés d'atomes ayant des noyaux instables sont des éléments radioactifs, encore appelés radioéléments ou radionucléides.

 


La matière


L'élément naturel dont le noyau contient le plus de protons est le noyau d'uranium. Celui qui en contient le moins (un seul) est le noyau d'hydrogène.

- Les rayonnements : dans une substance contenant des atomes radioactifs, le temps mis pour que la moitié de ces atomes radioactifs se soient désintégrés est appelé période radioactive (T) ou demi-vie. Cette période est différente d'un radioélément à l'autre.

 


Décroissance d'une substance radioactive


La radioactivité disparaît dans le temps, rapidement pour les radio-éléments à période courte, très lentement pour ceux qui ont une période très longue.

Quelques exemples de périodes :


- Iode131 ; T = 8 jours,
- Césium 137 ; T = 30 ans,
- Plutonium 239 ; T = 24 000 ans,
- Potassium 40 ; T = 1,3 milliards d'années.

- Contamination et irradiation internes : un rejet accidentel d'éléments radioactifs provoque une contamination de l'air et de l'environnement (dépôt de particules sur le sol, les végétaux, dans l'eau des cours d'eau, des lacs et des nappes phréatiques). Si l'homme inhale des éléments radioactifs ou ingère des aliments contaminés, il y a contamination interne de l'organisme. Les rayonnements émis par ces produits irradient ensuite de l'intérieur les organes sur lesquels ils se sont temporairement fixés : il y a irradiation interne. L'unité qui permet de mesurer les effets de ces rayonnements sur l'organisme est le sievert.

Il faut savoir que chaque année, un homme subit en moyenne une irradiation artificielle (principalement médicale) d'environ un millisievert (1 mSv) et une irradiation naturelle de 2 mSv. Celle-ci provient du rayonnement cosmique, d'une irradiation externe par des éléments radioactifs naturels contenus dans les sols (potassium 40, uranium, etc.) et d'une irradiation interne, suite à l'ingestion et à l'inhalation de radioéléments naturels (potassium 40 et gaz radon). Par comparaison, la norme d'exposition à une irradiation résultant d'une activité nucléaire est, pour la population, d'1mSv par an.

 
Qu'est-ce que le risque nucléaire ?

Le risque provient de la survenance éventuelle d'accidents, conduisant à un rejet d'éléments radioactifs à l'extérieur des conteneurs et enceintes prévus pour les contenir. Les accidents peuvent survenir :

- lors d'accidents de transport, car des sources radioactives intenses sont quotidiennement transportées par route, rail, bateau, voire avion (aiguilles à usage médical contenant de l'irridium 192 par exemple) ;

- lors d'utilisations médicales ou industrielles de radioéléments, tels les appareils de contrôle des soudures (gammagraphes) ;

- en cas de dysfonctionnement grave sur une installation nucléaire industrielle et particulièrement sur une centrale électronucléaire. L'exemple le plus grave d'un tel accident est celui survenu dans le complexe de Tchernobyl en Ukraine.

 


Les différentes barrières dans un réacteur éléctronucléaire


1 : Enceinte de confinement en béton du réacteur
2 : Caisson d'acier sous pression du générateur de vapeur
3 : Caisson d'acier sous pression du coeur du réacteur
4 : Gaine du combustible
5 : Circuit primaire
6 : Circuit secondaire

L'accident le plus grave aurait pour origine un défaut de refroidissement du coeur du réacteur nucléaire. En dépit des dispositifs de secours, ce problème pourrait conduire à une fusion du c¦ur, qui libèrerait dans l'enceinte du réacteur les éléments très fortement radioactifs qu'il contient.

Les centrales françaises ont été conçues pour que l'enceinte de confinement en béton, qui contient le réacteur, résiste à toutes les contraintes résultant d'un accident grave, pendant au moins vingt-quatre heures. Au-delà, si la pression dans l'enceinte augmente, au risque de dépasser la limite de résistance, il est possible de dépressuriser l'enceinte à travers des filtres, qui retiennent la majeure partie de la radioactivité. On considère cependant qu'il pourrait être nécessaire d'évacuer la population dans un rayon de cinq kilomètres autour de la centrale, avant que ne se produisent des rejets substantiels de radioactivité. Dans un rayon de dix kilomètres, il y aurait lieu de demander à la population de se mettre à l'abri à l'intérieur d'habitations ou de locaux fermés.


Le risque nucléaire en France et dans le monde

 

Date Localisation Type d'accident Victimes et dégâts
20 mars 1979 Three Miles Island (États-Unis) Accident de fusion du coeur du réacteur électronucléaire Faible irradiation de la population environnante
26 avril 1986 Tchernobyl (Ukraine) Explosion puis incendie dans l'un des réacteurs électronucléaires 32 morts à court terme, 135 000 personnes évacuées, 3,7 millions de personnes vivant dans les zones contaminées (de façon irrécupérable sur 30 km autour de la centrale). Augmentation des cancers de la thyroïde chez les enfants (facteur compris entre 30 et 100). Traces de radioactivité encore présentes dans la plupart des pays européens.
13 sept. 1987 Goiana (Brésil) Source de césium abandonnée (appareil de radiothérapie) 4 morts et 10 blessés graves par irradiation et contamination, dispersée dans une bonne partie de l'agglomération.
13 août 1991 Forbach (France) Accident sur un irradiateur industriel 3 personnes irradiées (brûlures importantes de la peau)
30 septembre 1999 Tokaimura (Japon) Explosion dans une usine de fabrication de combustibles nucléaires à partir d'uranium enrichi 1 mort (suite aux irradiations) et 2 irradiés graves

 


Les centrales nucléaires de production d'électricité


Les enjeux

On distingue deux types d'effets sur l'homme :

- les effets non aléatoires, dus à de fortes doses d'irradiation, apparaissent au-dessus d'un certain niveau d'irradiation et de façon précoce après celle-ci (quelques heures à quelques semaines). Ils engendrent l'apparition de divers maux (malaises, nausées, vomissements, brûlures de la peau, fièvre, agitation). Au-dessus d'un certain niveau, l'issue fatale est certaine ;
- les effets aléatoires, engendrés par de faibles doses d'irradiation, n'apparaissent pas systématiquement chez toutes les personnes irradiées et se manifestent longtemps après l'irradiation (plusieurs années). Les manifestations sont principalement des cancers et des anomalies génétiques.

La contamination de l'environnement concerne la faune (effets plus ou moins similaires à l'Homme), la flore qui est détruite ou polluée, les cultures et les sols, qui peuvent être contaminés de façon irréversible (exemple de Tchernobyl). Enfin, un accident nucléaire a également de graves conséquences sur l'outil économique et engendre des coûts importants, notamment pour la restauration du site, la perte des biens, des cultures, etc.


La gestion du risque nucléaire

La prévention

La réduction du risque à la source : la sécurité d'une installation est assurée par :

- Sa conception, qui conduit à mettre en place des systèmes s'opposant à la dissémination de produits radioactifs (par exemple, interposition d'une succession de barrières étanches indépendantes les unes des autres : principe de défense en profondeur) ;
- Sa qualité de la réalisation ;
- Sa surveillance constante de l'installation en cours de fonctionnement, au moyen de systèmes automatiques et manuels déclenchant des dispositifs de sécurité en cas d'anomalie ;
- Sa qualité et la formation du personnel.

La réglementation française

Les installations nucléaires importantes sont classées " installation nucléaire de base " (INB). La législation spécifique des INB définit le processus réglementaire de classement, création, construction, démarrage, fonctionnement, surveillance en cours de fonctionnement et démantèlement de ces installations. La législation fixe également les règles de protection
des travailleurs et du public contre les dangers des rayonnements ionisants.

Les rejets d'effluents radioactifs dans l'eau et dans l'air doivent faire l'objet d'autorisations délivrées par décrets et assorties de limitations et de conditions techniques. De même, les règles à appliquer pour les transports d'éléments radioactifs constituent un volet particulier de la réglementation du transport de matières dangereuses (TMD).

De plus, l'État exerce un contrôle sur ces installations, par le biais de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Elle s'appuie sur des inspections réalisées par les inspecteurs de la Direction Générale de la Radioprotection et de la Sûreté Nucléaire (DGRSN), ainsi que par ceux des Divisions Nucléaires (DIN), existant au sein de certaines directions régionales de la Recherche, de l'Industrie et de l'Environnement (DRIRE).

L'information préventive des populations : le droit à l'information générale sur les risques majeurs s'applique. Des commissions locales d'information (CLI) sont créées autour de chaque centrale électronucléaire et éventuellement de toute installation nucléaire de base importante (centre de recherche, stockage de déchets, etc.). Composées d'élus, de représentants des organisations syndicales et agricoles, de personnalités qualifiées, de représentants des associations et des médias, elles recueillent et diffusent auprès de la population toutes les informations concernant le fonctionnement, les incidents, l'impact sur l'environnement des rejets de l'installation, etc. Les populations riveraines des INB doivent recevoir tous les cinq ans une information spécifique financée par les exploitants, sous contrôle du préfet. Cette campagne doit porter sur la nature du risque, les moyens de prévention mis en place, ainsi que sur les consignes à adopter.

À l'échelon national divers supports d'information sont disponibles sur la radioactivité de l'environnement, les rejets des INB, les incidents survenus, etc. :

L'alerte : en cas d'événement majeur, la population est avertie au moyen du signal national d'alerte.

 


Le risque nucléaire


Les questions importantes à se poser en cas d'accident :

- Quelle est la source de la radio-activité (car cela détermine le type de rayonnement) ?
- Depuis combien de temps est-on soumis à cette radioactivité ?
- A quelle distance est-on de la source ?
- A quelle dose d'irradiation, en sievert, est-on soumis ?

 

 
L'organisation des secours

Au sein d'une INB, l'exploitant doit avoir mis en place une organisation interne permettant de pallier tout incident, d'en limiter les conséquences et de la remettre en état sûr. Cette organisation est décrite dans un plan d'urgence interne (PUI), soumis à l'approbation et au contrôle de l'Autorité
de sûreté nucléaire.

Au-delà des limites de l'établissement, le préfet a la possibilité de mettre en oeuvre le plan particulier d'intervention (PPI) établi préventivement par ses soins et porté à connaissance des communes concernées.


Les consignes


Les consignes générales s'appliquent et sont complétées par un certain nombre de consignes spécifiques au risque nucléaire. Notamment, sur ordre de la préfecture, il peut être demandé à la population résidant dans une zone de cinq kilomètres autour de l'installation accidentée (cas d'une centrale électronucléaire), d'absorber des pastilles d'iode.


CONSIGNES SPÉCIFIQUES

PENDANT

- La première consigne est le confinement
- L'évacuation peut être commandée secondairement par les autorités (radio ou véhicule avec haut-parleur).

APRÈS

Agir conformément aux consignes :
- Si l'on est absolument obligé de sortir, éviter de rentrer des poussières radio-actives dans la pièce confinée (se protéger, passer par une pièce tampon, se laver les parties apparentes du corps, et changer de vêtements)
- En matière de consommation de produits frais
- En matière d'administration éventuelle d'iode stable
- Dans le cas, peu probable, d'irradiation : suivre les consignes des autorités, mais toujours privilégier les soins d'autres blessures urgentes à soigner.
- Dans le cas de contamination : suivre les consignes spécifiques.

L'indemnisation


L'indemnisation des dommages causés par un accident nucléaire est à la charge de l'exploitant de l'installation accidentée, ceci au terme de conventions internationales (convention de Paris en 1960, convention de Vienne en 1963). L'exploitant doit disposer d'une garantie financière lui permettant éventuellement d'assurer ces indemnisations. Le montant total des indemnisations à charge de l'exploitant est actuellement limité à cent millions d'euros. Au-dessus de ce montant, l'indemnisation est du ressort de l'État.

 

Pour plus d'informations sur le risque nucléaire, un catalogue numérique est téléchargeable ici

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