Le risque cyclonique

Les cyclones sont parmi les plus dévastateurs des phénomènes météorologiques. Ils représentent un risque majeur pour l'ensemble des zones intertropicales, et notamment pour les départements et territoires d'outre-mer. En raison notamment de la " force " du phénomène, et en dépit des progrès effectués dans sa compréhension et dans les mesures de surveillance, les cyclones sont chaque année à l'origine de bilans humains et économiques très lourds.

Qu'est-ce qu'un cyclone ?


Un cyclone est un système de vent en rotation de grande échelle dû à une chute importante de la pression atmosphérique. D'une durée de vie de quelques heures à une trentaine de jours, ils naissent au-dessus d'eaux chaudes tropicales. Ce système se déplace à une vitesse comprise entre 10 et 40 km/h.

La structure générale d'un cyclone est caractérisée par une énorme masse nuageuse en spirale pouvant s'étendre sur un rayon de 500 km à 1 000 km. Autour de l'œil du cyclone se trouve un " mur de nuage ", zone la plus dangereuse du cyclone, pouvant s'étendre sur un rayon de 150 km.

L'œil du cyclone, dont le diamètre varie généralement de quelques kilomètres à 50 km, est une zone de calme relatif, caractérisée par un ciel peu nuageux et des vents faibles. Les pressions y sont très basses (jusqu'à 870 hPa).

On distingue dans le monde sept zones géographiques affectées par des cyclones tropicaux, auxquelles appartiennent certains Dom-Tom français :
- L'océan Atlantique nord (Antilles françaises) ;
- L'océan Pacifique nord-ouest ;
- L'océan Pacifique sud (Nouvelle-Calédonie, Polynésie) ;
- L'océan Pacifique nord-est ;
- L'océan Indien nord ;
- L'océan Indien sud-ouest (île de la Réunion) ;
- L'océan Indien sud-est / Australie.



Les grandes zones cycloniques


Dans l'océan Atlantique et l'océan Pacifique oriental, on utilise le terme d'ouragan (hurricane en anglais). Le terme cyclone est le plus courant dans l'océan Indien, et typhon dans l'océan Pacifique occidental.

L'Organisation météorologique mondiale définit trois classes de perturbations tropicales en fonction de la vitesse du vent (cyclone étant le terme générique) : les dépressions tropicales (moins de 62 km/h), les tempêtes tropicales (entre 62 km/h et 117 km/h), et les ouragans (plus de 117 km/h). Les ouragans sont eux-mêmes classés en cinq catégories.

Le caractère destructeur des phénomènes cycloniques est dû :
- Aux précipitations pouvant être très abondantes. Elles sont une source d'aléas importants : inondations, glissements de terrain et coulées boueuses en particulier. Ces phénomènes ont causé la mort de la majeure partie des 9 000 victimes de la tempête tropicale Mitch en 1998, au Honduras et au Nicaragua ;
- A une surélévation du niveau de la mer, anormale et temporaire (" marées cycloniques ", analogues aux " marées de tempête " survenant, en hiver, en Europe). Ce phénomène est l'un des effets associés aux cyclones les plus meurtriers ;
- A la houle cyclonique dont les vagues générées par le vent, hautes de plusieurs mètres, peuvent être observées jusqu'à 1 000 km à l'avant du système cyclonique et représentent un danger pour les zones côtières ;
- Aux vents, dont les rafales peuvent atteindre des vitesses de l'ordre de 350 km/h. Les changements de direction, souvent brutaux, peuvent être à l'origine de dégâts considérables.

 
Le risque cyclonique en France et dans le monde


La période cyclonique s'étend de janvier à mars dans l'hémisphère sud (Nouvelle-Calédonie, Polynésie et Réunion), et de juillet à octobre dans l'Atlantique nord et les Caraïbes (Antilles françaises). Dans le nord-ouest du Pacifique et la partie nord de l'océan Indien, les cyclones peuvent frapper toute l'année (plus particulièrement de mai à octobre).

On compte en moyenne cinquante ouragans par an, dont approximativement 70 % dans l'hémisphère nord. La région la plus active est le Pacifique nord-ouest, avec plus de 35 % des cyclones tropicaux, parmi les plus étendus et les plus violents. Nombreux ont été les cyclones ayant causé plusieurs milliers, voire plusieurs centaines de milliers de morts.
Date et cyclone
   

Date et cyclone
Localisation Victimes

1737

Inde 300 000
1876 Bangladesh 215 000
Août 1912 Chine (Wenzhou) 50 000
Juillet 1922 Chine (Shantou) 50 000
Septembre 1937 Chine (Hong Kong) 11 000
Octobre 1942    Bangladesh 40 000
Mai 1963 Bangladesh 20 000
Octobre 1963 Haïti, Cuba 8 000
Mai 1965 Bangladesh 15 000
Novembre 1970 Bangladesh 400 000
Avril 1991 Bangladesh 140 000
Octobre 1998 : Mitch Amérique centrale > 9 000
Octobre 1999 Inde 10 000


Certains cyclones très meurtriers et dévastateurs survenus par le passé [tableau ci-dessous] rappellent que la France d'outre-mer n'est pas à l'abri de nouvelles catastrophes, en dépit des progrès réalisés dans les dispositifs de prévision et d'information des populations.
   

Date et cyclones

Localisation Victimes et dégâts
Septembre 1776 Guadeloupe 6 000 morts
Octobre 1780 Martinique, Barbade 9 000 morts (22 000 au total)
Septembre 1928  Guadeloupe, Martinique 1 200 à 1 500 morts
1948 Réunion 165 morts
Janvier 1980 ; Hyacinthe  Réunion 25 morts
Septembre 1989 ; Hugo    Guadeloupe 5 morts ; 4 milliards de francs de dégâts


Les enjeux

Les enjeux humains : au nombre des victimes corporelles, souvent important (environ 6 000 décès chaque année), s'ajoute un nombre de sans-abri, potentiellement considérable compte tenu des dégâts aux constructions. Les bilans sont d'autant plus lourds que le phénomène concerne souvent des pays en développement, au niveau d'équipements réduit ; les habitations y sont généralement très loin d'une conception paracyclonique adaptée. Les causes de décès ou de blessure sont surtout dues aux marées cycloniques et aux effets liés aux fortes précipitations (coulées boueuses, etc.).

Les enjeux économiques : un cyclone peut altérer gravement les outils économiques. Les dommages portés aux édifices, aux routes, aux voies ferrées ou aux infrastructures industrielles peuvent entraîner des coûts considérables : directs comme la reconstruction ou la remise en état, ou indirects comme la perte ou la perturbation d'activité. Les conséquences économiques peuvent également être liées à l'interruption des liaisons aériennes et maritimes ou aux dégâts portés aux réseaux divers (eau, téléphone, électricité). Enfin, l'agriculture étant prépondérante dans une grande partie des pays exposés, les dégâts sur les cultures peuvent être extrêmement préjudiciables.

Les enjeux environnementaux : parmi les atteintes portées à l'environnement (faune, flore, milieu terrestre et aquatique) par les cyclones, on distingue les effets directs (destruction de forêts par les vents, dégâts des inondations, etc.) et les effets indirects (pollution des côtes par un naufrage, effets dus à un accident industriel ou technologique, etc.).

La gestion du risque cyclonique

- La prévention

Impuissant face à l'arrivée d'un cyclone, l'Homme peut toutefois en prévenir les risques notamment grâce à la surveillance météorologique et à l'alerte de la population, ainsi que par des mesures d'ordre réglementaire et constructif.

Les mesures de prévention d'ordre constructive :
- Le respect des normes de construction en vigueur prenant en compte les effets dus aux vents (Documents techniques unifiés " Règles de calcul définissant les effets de la neige et du vent sur les constructions ", datant de 1965 et modifiés en 2000) ;
- Des mesures portant sur les abords immédiats de l'édifice construit (élagage ou abattage des arbres les plus proches, suppression d'objets susceptibles d'être projetés, etc.) ;
- Une implantation des constructions en dehors des zones particulièrement vulnérables (en bordure de littoral, dans des secteurs exposés à un aléa torrentiel ou de glissement de terrain, sous les lignes électriques à haute tension, etc).

La maîtrise de l'urbanisation
passe par les plans de prévention des risques naturels prescrits et élaborés par l'État. Dans les zones exposées aux effets induits par les cyclones, les PPR inondations et mouvements de terrain peuvent prescrire ou recommander des dispositions constructives ou des dispositions sur l'usage du sol.

La surveillance météorologique est une mission fondamentale dans la prévention du risque cyclonique. L'Organisation météorologique mondiale, qui coordonne la veille cyclonique au plan international, a désigné dans chaque bassin océanique un centre météorologique régional spécialisé(CMRS).

Les CMRS sont au nombre de cinq :
- Miami (océan Atlantique nord et océan Pacifique nord-est) ;
- Tokyo (océan Pacifique nord) ;
- New-Delhi (golfe du Bengale et mer d'Oman) ;
- Fidji (océan Pacifique sud-ouest) ;
- Saint-Denis-de-la-Réunion (sud-ouest de l'océan Indien).

Ces centres ont pour vocation de détecter les phénomènes dès que possible, de prévoir leur évolution (intensification éventuelle, trajectoire) et de diffuser des messages à tous les centres météorologiques de la région concernée (le relais est alors donné aux services météorologiques nationaux).

L'information préventive
: le droit à l'information générale sur les risques majeurs s'applique. Chaque citoyen doit prendre conscience de sa propre vulnérabilité face aux risques et pouvoir l'évaluer pour la minimiser. Pour cela il est primordial de se tenir informé sur la nature des risques qui nous menacent, ainsi que sur les consignes de comportement à adopter en cas d'événement (site du MEDD prim.net, mairie, services de l'État).

Cette culture du risque cyclonique, qui s'est progressivement développée aux Antilles françaises et à la Réunion, a permis, au cours des derniers événements ayant touché ces régions, de réduire presque totalement le nombre de victimes.

L'alerte : l'efficacité des mesures préventives nécessite de pouvoir répercuter, rapidement et efficacement, les informations apportées par la surveillance météorologique (évolution et intensité du phénomène) aux autorités administratives et à la population concernées.
L'alerte cyclonique (aux Antilles françaises) comprend ainsi :
- La mise en garde des services administratifs : elle n'est pas diffusée au public, car elle intervient alors que le phénomène est encore situé à 72 h environ et que la probabilité qu'il touche la zone concernée est encore faible ;
- La phase de vigilance, déclenchée 48 h à 72 h avant l'arrivée probable du phénomène. Elle fait l'objet d'une diffusion au public par tous les moyens médiatiques disponibles et constitue pour chacun une mise en garde ;
- La phase de pré-alerte : le danger cyclonique est proche (24 h à 36 h avant les vents violents) ; la population doit se préparer ;
- La phase d'alerte : déclenchée 6 h à 8 h avant les vents forts, elle implique la cessation de toute activité et la mise à l'abri immédiate de la population ;
- La phase de confinement : le cyclone passe sur zone ; toute circulation est interdite.

L'alerte cyclonique est légèrement différente à la Réunion (vigilance, alertes orange et rouge).


- L'organisation des secours

Le maire peut élaborer sur sa commune un plan communal de sauvegarde qui est obligatoire si un PPR est approuvé. Si la situation le nécessite, le préfet a la possibilité de mettre en oeuvre le plan Orsec.

Les consignes

Les consignes générales s'appliquent et sont complétées par un certain nombre de consignes spécifiques au risque cyclonique.

CONSIGNES SPÉCIFIQUES

AVANT

- Renforcer les structures (hauban, toiture…).
- Occulter les ouvertures avec des panneaux de bois cloués.
- Poser des bandes de papier collant sur les baies vitrées.
- Démonter les grandes baies vitrées.
- Stocker les outils nécessaires.
- Enlever ce qui peut devenir un projectile.
- Constituer des réserves de serpillières et de seaux ; placer ses réserves dans des sacs étanches (aliments, vêtements, médicaments).
- Rentrer les animaux.
- Amarrer les canots le plus loin possible.
- Gagner les abris municipaux.

PENDANT

- Repérer les endroits les plus résistants du local et s'y tenir (pièce centrale, wc, placard, cage d'escalier).
- S'éloigner des baies vitrées.
- Surveiller la résistance de l'abri.
- Ouvrir sous le vent au cas où une ouverture cèderait.
- Surveiller le risque d'inondation.
- Se méfier du calme de l'oeil du cyclone (il y aura inversion et renforcement des vents après l'oeil).
- Redoubler de vigilance la nuit.
- Attendre impérativement la fin d'alerte pour sortir.

APRÈS


Attention à la marée de tempête qui peut intervenir après le cyclone.
Évaluer les dangers :
- s'éloigner des points bas,
- ne pas toucher aux fils électriques ou téléphoniques à terre,
- faire attention aux objets prêts à tomber (tôles, planches, arbres…),
- Vérifier l'état des aliments…
- Réparer et conforter la maison.
- Prêter secours pour dégager les voies de communication.
- Éviter les déplacements.
- Conduire avec prudence.
- Ramasser les animaux morts.

L'indemnisation


Les préjudices occasionnés par les effets des vents dus aux cyclones les moins violents sont écartés du champ d'application de la garantie "catastrophes naturelles". Ils sont couverts par les contrats d'assurance garantissant les dommages d'incendie ou les dommages aux biens. Cette garantie est étendue aux pertes d'exploitation, si elles sont couvertes par le contrat de l'assuré. Pour les assureurs, seuls sont pris en compte les vents d'une intensité anormale (plus de 100 km/h) à l'origine de nombreux dommages, avec une ampleur exceptionnelle (destructions nombreuses dans la commune où se situent les biens sinistrés et dans les communes environnantes). Seuls les effets dus à la pluie, à l'action de la mer ou des vents les plus forts (plus de 215 km/h en rafale) peuvent être déclarés catastrophe naturelle.

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