Il y a 50 ans : la rupture du barrage de Malpasset, plus grande catastrophe civile de l'histoire de France

Cinquante ans après la catastrophe du barrage de Malpasset qui a fait 423 morts le 2 décembre 1959, la douleur et le traumatisme sont encore vifs dans la mémoire collective des habitants de Fréjus qui ont pour beaucoup perdu des proches ce jour d’apocalypse.


Le pire scénario catastrophe imaginable


Ce 2 décembre 1959, à 21 h 13 le barrage de Malpasset, cinq ans après sa mise en service, explose. Les 50 millions de mètres cubes d’eau que le barrage libère subitement forment alors une vague de 40 mètres de haut, qui déferle dans l’étroite vallée du Reyran à la vitesse de 70 km/h, emportant tout sur son passage et dévastant tous les villages qui s’y trouvaient sur les douze kilomètres séparant le barrage de la ville de Fréjus, atteinte 20 minutes plus tard.

Ce n’est que le lendemain matin, lorsque les eaux boueuses se retireront que les sauveteurs dépêchés sur place par le plan ORSEC découvriront un spectacle de désolation. Le bilan de la catastrophe s'élèvera à 423 morts, 155 immeubles entièrement détruits, mille hectares de terres agricoles ravagés et deux milliards de francs de dégâts.


 

(Une vallée submergée et dévastée en quelques minutes)
 


Le barrage le plus mince d'Europe

Quelques semaines avant le drame, des pluies diluviennes s’étaient abattues sur le département du Var, après des années de sécheresse, remplissant pour la première fois depuis son inauguration tout le lac artificiel en amont du barrage. Mais le niveau de l’eau monte trop rapidement, le barrage se retrouve vite à ras bord et il s’avère impossible, alors de lâcher de l'eau : la construction d’une l'autoroute juste en aval du barrage interdit d'ouvrir les vannes.

D'une hauteur de 60 mètres et doté d'une voûte de 222 mètres de long, le barrage de Malpasset avait la particularité, grâce à sa forme en voûte, d’être le barrage le plus mince d’Europe (moins de 7 m d'épaisseur à la base, et seulement 1,50 m à son couronnement). L’arc de béton permettait en effet de renvoyer, sur les deux rives, la pression de la masse liquide, c’est du moins ce qu’avait calculé son concepteur le grand spécialiste des barrages-voûtes, l’ingénieur André Coyne. Un barrage qui s’est pourtant avéré trop mince car ses parois ne résisteront à la formidable pression exercée par les millions de m3 d’eau retenus en amont.

Pourtant, durant le procès qui se déroula huit ans plus tard, la justice ne révélera « aucune infraction aux règles de l’art ni aucun vice dans la conception de l’ouvrage et la façon dont furent exécutés les travaux ». Cette catastrophe est alors placée sous le signe de la fatalité.

On estime aujourd’hui que la rupture du barrage serait en fait imputable à la mauvaise qualité de la roche sur laquelle il s'appuyait, et non à la conception du barrage lui-même.

 


(Vue aérienne du barrage-voûte de Malpasset avant la catastrophe)


Il y aura un avant et un après Malpasset

Des leçons furent heureusement tirées de cette catastrophe : en 1966, fut institué un Comité technique permanent des barrages. Tout nouveau projet de barrages devait obligatoirement passer devant ce comité composé d’ingénieurs, de représentants de l'État et de géologues.

« La catastrophe de Malpasset a permis de mieux connaître un problème sur lequel on ne s'était pas trop penché auparavant : les sous-pressions interstitielles », explique Alfred Bertini, dans son livre Le barrage de Malpasset : de sa conception à sa rupture.

Ce n’est qu’aujourd’hui, cinquante ans après le drame, que la décision a été prise d’édifier un monument à la mémoire de toutes les victimes de cette catastrophe. Une mesure salutaire, pour entretnir la mémire collective dans une région où le traumatisme est encore palpable au sein des populations frappées par ce funeste déluge d’eau.

Installé, face aux célèbres Arènes romaines de Fréjus, ce Mémorial a été inauguré le 2 décembre 2009, 50 ans après la tragédie, jour pour jour. Il est composé de cinq colonnes monumentales en inox, dont la plus haute atteint les 6 mètres de haut, avec disposés tout autour, des pupitres sur lesquels sont gravés les noms des 423 victimes identifiées de la vague tueuse qui a déferlé sur Fréjus ce jour là.

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