Glacier de Tête Rousse : Comprendre le phénomène des Poches d'eau

Le Glacier de Tête Rousse, situé à 3.200 mètres d’altitude au pied du Mont-Blanc, est un site jugé sensible depuis la catastrophe du 12 juillet 1892. Ce jour là, la rupture brutale d'une importante poche d'eau sous-glaciaire provoqua ce que les géologues nomment une lave torrentielle : un mélange d'eau, de graviers, de rocs, de terre et d'arbres qui en dévalant dans la vallée de Saint-Gervais dévasta tout sur son passage, faisant près de 175  victimes.
 
Depuis, le glacier était sous surveillance étroite et pour éviter une nouvelle catastrophe un tunnel de drainage fut construit pour évacuer les éventuelles poches d'eau. Pourtant, une étude approfondie du glacier menée par les laboratoires du CNRS depuis 2007 a donné l'alerte, en mettant en évidence une zone d'anomalie à près de 75 mètres de profondeur du glacier. 
 
Au printemps 2010, les scientifiques ont confirmé la formation sous ce glacier de Tête Rousse d’une gigantesque poche d’eau sous-glaciaire de 65 000 m3 qui en cas de rupture menacerait la vallée du Mont Blanc. C'est donc un scénario de catastrophe du même type que 1892 qui menace mais en encore plus dévastateur, la vallée s'étant énormément développée et urbanisée depuis près de 120 ans.
 

Localisation de l'immense poche d'eau à 75 mètres de profondeur du glacier de Tête Rousse
© Photo Mairie de Saint-Gervais

 
Comme personne ne pouvait affirmer si le risque était imminent ou inexistant, le Maire et Conseiller général du Canton de Saint-Gervais Jean-Marc Peillex prend les devants et décide, de manière préventive, la mise en place immédiate d'un plan d’alerte et de sauvegarde pour mettre à l'abri les populations de la vallée en cas de rupture brutale du glacier.

Puis, dans un second temps, les opérations de forages ayant confirmé la présence d'eau, une lourde opération de purge de la poche est enclenchée dès le 23 août, et doit se prolonger jusqu'à la mi-octobre. D'ores et déjà, le pompage effectué a permis de diminuer sensiblement la pression des poches d'eau et par conséquent le risque de rupture du glacier. 
Le Ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a annoncé que l’État avait engagé, aux côtés des collectivités locales, 1 millions d'euros, issus du fonds de prévention des risques naturels majeurs, pour financer l’ensemble des opérations de pompage et de vidange de la poche d’eau sous-glacière.

Aleas TV a réalisé un très beau et instructif reportage sur la gestion de cette menace par la Mairie de Saint-Gervais :


 
Les poches d'eau un phénomène mal connu

L'affaire de Saint-Gervais a remis en lumière la menace des poches d'eau, néanmoins, ces phénomènes restent pour l'heure actuelle mal connus. Voici donc quelques éléments clés afin de mieux les comprendre et donc les appréhender au plus juste.

Qu'est-ce qu'une poche d'eau ?

Une poche d'eau se forme lorsqu'il n'existe aucun exutoire naturel pour les eaux du glaciers Les eaux vont alors s'infiltrer et parfois former une poche d'eau par action érosive combinée de l'eau et de l'air.

On distingue 2 types de poches :
- Les sous glaciaires : formation d'un "vide" entre le glacier et le lit rocheux

 


Création d'un vide sous le glacier


- Les intraglaciaires : formation d'un "vide" au sein même du glacier

 


Création d'un vide au sein du glacier

 

Ces poches d'eau sont particulièrement à risques puisqu'il est très difficile de les déceler car invisible en surface à l'inverse des lacs glaciaires.

Comment et quand se rompt-elle ?

Il est impossible de prévoir le moment où une poche d'eau se rompt. L'effet de surprise en décuple les risques pour les habitations et leurs habitants en aval. Lorsque la pression à l'intérieur de la poche devient suffisamment grande, la pression exercée sur la paroi glaciaire est telle qu'elle provoque l'expulsion de celle-ci.
L'ensemble de l'eau contenu dans la poche se déverse alors en de brefs instants, créant le plus souvent une vague de plusieurs mètres de haut, plus communément appelée lave torrentielle.

 


Vidange brutale de la poche d'eau


Cependant, ce scénario n'est pas le seul, il arrive que la poche ne se remplisse que partiellement ou que celle-ci soit pourvu d'un exutoire naturel latéral.


Vidange "controlée" de la poche d'eau

 

Les volumes d'un poches d'eau :

On estime qu'ils peuvent aller de 10.000 à plusieurs milliards de m³ d'eau. En France, le plus gros volume enregistré est celui du glacier de Tête Rousse en 1892, où prés de 200.00 m³ s'étaient déversés.

La distribution saisonnière :

En France, sur les 49 cas recensés au total, 48 se sont produits entre les mois de mai et septembre. En effet, c'est durant l'été, suite à la période de fonte que le risque est le plus grand, à cause de la grande quantité d'eau présente au sein du glacier à cette période. Ces données laissent à penser, que le changement climatique accentuant la fonte des glaciers, a donc un effet sur ces phénomènes. Il semblerait qu'il accentue les phénomènes de rupture car la paroi glacière se retrouve amincie. Plus fragile,  elle est susceptible de se rompre plus facilement sous la pression de la poche d'eau.

 


Distribution saisonnière des ruptures de poche d'eau

 

Quels sont les moyens de s'en prévenir ?

Il existe deux moyens de se prévenir d'une poche d'eau :

- La création d'une galerie artificielle afin d'en faire un exutoire, évitant ainsi la formation de la poche d'eau. Cependant, les glaciers recouvrent des superficies parfois très grande et les poches d'eau peuvent se former à quasiment n'importe quel endroit du glacier. Il est alors impossible de créer des exutoires sur l'ensemble du glacier.  Ces galeries sont alors implantées dans des zones considérées comme stratégiques.

- Le pompage, lorsqu'une poche d'eau est décelée. Un forage est réalisé en amont de la poche, et les eaux pompées sont déversées dans la vallée à des débits constants mais faibles (environ 100 m³/h).

Sur la base de événements survenus, une liste des glaciers à risques à été créée. Ainsi, sur le massif du Mont-Blanc, 17 glaciers sont répertoriés comme étant à risques et font l'objet d'un suivit continu tout au long de l'année. Parmi ceux-ci, le glacier de Tête Rousse, dont la poche d'eau a été repérée lors du suivi en juillet de ce ce dernier.

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