Feyzin : ville pilote en matière de gestion des risques majeurs

En matière de gestion de risque technologique, la ville de Feyzin est emblématique : en effet, c'est dans cette commune industrielle de Rhône-Alpes dans la vallée de la Chimie, que s'est produit, il y a plus de 45 ans, la première grande catastrophe industrielle en France. L'explosion, le 4 janvier 1966, de la raffinerie de pétrole de Feyzin, qui tua 18 personnes, dont 11 sapeurs-pompiers et fit une centaine de blessés, marqua profondément les esprits localement mais eut également un impact au niveau national. Les dégâts provoqués par l'explosion se firent sentir sur un périmètre de 25 km, jusqu'à la ville de Vienne, affectant près de 1500 habitations ou constructions. Ce drame constitua incontestablement un changement radicale dans notre rapport aux risques technologiques et vit l'émergence d'une prise de conscience sur la nécessité de mieux prendre en compte les populations dans la gestion des risques industriels. 

Feyzin : ville pilote face aux risques technologiques

Encore aujourd'hui, Feyzin accueille trois établissements classés Seveso, dont les activités comportent un risque industriel majeur. Pour Yves Blein, actuel maire de Feyzin, la prévention du risque industriel doit bien évidement être au coeur des préoccupations de tout élu d'une ville accueillant des entreprises génératrices de risques.

Dans son entretien avec Risques-majeurs, le maire de Feyzin revient sur le rôle particulier d'un maire d'une commune industrielle tant pour diffuser cette nécessaire culture du risque auprès de ses administrés, que pour mettre en place avec les services municipaux et le soutien des industriels, tous les outils de prévention, d'information, d'alerte et de gestion de crise nécessaires pour être en capacité de répondre au mieux à tout incident lié à l'activité industrielle au sein de sa commune.

Un ambitieux Plan Communal de Sauvegarde

La commune a ainsi mis en place un ambitieux Plan communal de sauvegarde (PCS) qui fait de Feyzin une ville pilote en matière de gestion des risques majeurs. Parmi le vaste dispositif de gestion des risques constitué par le PCS, qui a valu à la commune de pouvoir être labellisée Pavillon Orange, notons l'initiative très originale constituée par les "totems" d'évacuation implantés dans tout le quartier des Razes, la zone de la commune la plus exposée au risque industriel. Une cinquantaine de poteaux signalétiques, hauts de 2,30 mètres, guident les habitants en cas d'accident industriel. Disposés à toutes les intersections, ces totems indiquent l'itinéraire d'évacuation le plus rapide et le plus sûr pour se mettre à l'abri. Couplé à ce dispositif, un service d’alerte téléphonique est aussi proposé aux habitants  pour être alertés dans les minutes qui suivent un accident. La lecture du DICRIM de Feyzin permet par ailleurs de prendre conscience, qu'au delà du risque industriel, la commune est également concernée par la quasi-totalité des risques majeurs : le risque de transport de matières dangereuses (A7 et ligne ferroviaire Lyon-Marseille), le risque de rupture de barrage (barrage de Vouglans), le risque inondation (débordement du Rhône) et le risque mouvements de terrain (présence de balmes : pentes abruptes caractéristiques de la vallée du Rhône).

Bien vivre avec le risque technologique

Près d'un demi-siècle après l'explosion de la raffinerie, les choses ont énormément évolué dans la maîtrise des risques technologique, témoigne Yves Blein, par ailleurs, Président d'AMARIS, l'Association nationale des communes pour la maîtrise des risques technologiques majeurs. Que ça soit dans la connaissance du risque, dans les outils de simulation et de prévention, comme dans les moyens de lutte contre les accidents et l'information des populations, la France a su s'adapter et évoluer profondément. Actuellement à Feyzin, les habitants sont pleinement associés dans la gestion des risques, avec la mairie comme avec les industriels. Le maire maire doit continuellement relever le défi de communiquer en toute transparence sur les risques inhérents à toute activité dans l'industrie chimique et pétrochimique sans pour autant inquiéter inutilement les habitants. L'information et la sensibilisation de ses administrés aux risques demeurent donc la condition impérieuse et indépassable pour un maire qui souhaite maintenir dans sa commune une activité industrielle, pourvoyeuse d'emplois et de richesse.

Des catastrophes qui jalonnent l'histoire et aident à progresser

Malpasset, Bhopal, Tchernobyl, Vaison-la-Romaine, Xynthia, Fukushima : l'histoire moderne est malheureusement jalonnée de grandes catastrophes naturelles et technologiques qui par leurs conséquences humaines et économiques ont souvent servi de révélateurs pour enfin intégrer un risque majeur en renforçant sensiblement sa prise en compte tant au niveau législatif que des comportement. Comme l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en 2001 fut là encore un puissant accélérateur dans la prise en compte des populations riveraines avec la loi Bachelot et l'instauration des PPRT, la catastrophe de Feyzin fut en son temps un événement majeur, qui marqua les consciences et permis une prise en compte des risques industriels en matière de prévention et de réduction des vulnérabilités. Depuis l'explosion meutrière de la raffinerie en 1966, le phénomène de BLEVE (pour Boiling Liquid Expanding Vapor Explosion) à l'origine de la puissant déflagration et alors totalement inconnu, est désormais parfaitement compris et intégré par les industriels générateurs de risques et par les équipes de sécurité et de lutte contre les incendies technologiques, qui payèrent ce jour là un lourd tribu.

Indispensable travail de mémoire collective autour d'une catastrophe

Pour comprendre et revivre la catastrophe qui frappa Feyzin et ses habitants, on peut relire le très bel ouvrage que les Editions Lieux-dits lui avait consacré en 2006 pour la commémoration du quarantième anniversaire de cette tragédie. Un livre de photos et de témoignages qui contribue pleinement à ce travail de mémoire collective, indispensable pour les victimes mais aussi pour transmettre la mémoire et la culture du risque aux générations futures. Les auteurs sont ainsi partis à la rencontre des habitants de Feyzin, pour recueillir leur témoignage, près de 40 ans après le drame, sur ce qu'ils avaient vécu ce jour là et comment ils intègrent aujourd'hui dans leur vie quotidienne cette proximité d'installations industrielles à risques classées SEVESO. Des témoignages qui démontrent une fois encore que plus que le risque lui-même, c'est son ignorance qui est le plus dangereux pour les population, d'où le rôle central et primordial qui incombe au maire pour informer et former ses administrés aux risques majeurs.

Feyzin : Mémoires d'une catastrophe
Editions Lieux Dits, Lyon, 2006

 

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