Enseigner l’approche pluridisciplinaire de la gestion des risques

 Gérer le risque requiert la mobilisation de compétences pluridisciplinaires, qu’elles soient technologiques, juridiques et  économiques. Le M2 RISE Risques et Environnement propose à des étudiants, économistes et juristes, ainsi qu’à des ingénieurs, une formation commune sur un an. Il  offre une base de savoirs partagée dans ces trois domaines, afin que les étudiants puissent travailler ensuite en équipe pluridisciplinaire sur une dizaine de cas proposés par des professionnels.  Ce master permet aux étudiants d’engager le dialogue avec d’autres disciplines, de se confronter à d’autres savoirs  et donc d’appréhender la problématique du  risque selon  d’autres logiques que celle de leur formation initiale. Philippe Polomé répond à nos questions sur cet enseignement.

 


Philippe Polomé, professeur d’économie à la fac de science économie et gestion de l’université Lyon 2 est l’un des directeurs du master Risques et Environnement.

 

A qui s‘adresse votre master ?

Ce master s’adresse à des étudiants détenteurs du niveau M1 en économie, en droit, et en ingénierie généraliste. Il rassemble des étudiants provenant de ces différentes filières et maîtrisant les fondamentaux de leurs disciplines. Nous leur donnons des bases dans ces 3 domaines : économie environnement et risques, droit environnement et risques et ingénierie. Nous les faisons travailler sur des cas de figure  concrets, afin de les former au dialogue pluridisciplinaire autour du risque environnemental. Ils sont ainsi mis en situation dans des contextes professionnels très diversifiés, tant sur le plan des domaines académiques que sur celui des objets d’études.

Qu’entendez-vous par « former au dialogue pluridisciplinaire autour du risque environnement »

Le risque est un objet sur lequel beaucoup de disciplines ont des choses à dire. Nous l’avons bien vu. Au début, chaque étudiant pense avoir l’approche essentielle. Puis, ils apprennent petit à petit une approche pluridisciplinaire, à fonctionner en complémentarité autour du risque environnemental. Il s’agit de leur donner les bases du vocabulaire des autres disciplines. Un ingénieur pense en probabilité vulnérabilité, un juriste pas du tout. 

 

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Y a-t-il une spécificité de l’enseignement à la gestion des risques ?

Oui, dans ce contexte pluridisciplinaire, c’est un enseignement assez spécifique. On n’est pas sur des objets d’étude pointus et circonscrits mais plus sur l’interprétation de concepts. Quand on parle de pollution par exemple, on étudie des systèmes qui se déplacent dans l’espace et l’on anticipe des trajectoires qui seront différentes. L’ingénieur écrit les équations au tableau. Le juriste ou l’économiste ne sauront pas le faire, mais ils doivent comprendre les avantages et les limites de cette approche. C’est spécifique au risque environnement.

Cet enseignement répond-il à une demande exprimée ?

La toute première demande vient de l’Ecole Centrale vers 2009, où les anciens ont identifié une demande et un besoin pour un master qui combinerait le droit et l’économie, pour améliorer la gestion publique du risque environnement, à savoir le risque naturel + le risque technologique. La première promotion est sortie en 2012.

Vous organisez des ateliers… 

Oui, ces ateliers sont animés par des professionnels, des acteurs qui ont l’habitude de travailler sur le risque et qui présentent lors de ces ateliers un cas concret sur lequel ils sont en train de travailler. De nombreuses problématiques sont abordées. Nous avons par exemple des ateliers sur la réhabilitation des sites et des sols pollués, le risque sanitaire, le changement climatique  et la réhabilitation des logements, les inondations etc. Les étudiants se saisissent du cas  et font par la suite une restitution, qui peut même avoir lieu dans les bureaux du professionnel et de son équipe. Les enjeux sont très professionnels et l’on attend des étudiants qu’ils apportent une vraie plus-value.

… ainsi que des conférences- débats.

Ces conférences sont organisées par les étudiants qui repèrent et contactent  les conférenciers. Nous avons trois conférences-débats par an. Elles portent souvent sur des sujets un peu polémiques: quel prix pour le carbone ; les pollutions atmosphérique urbaine ; les gaz de chistes  le démantèlement des centrales…  La plupart d’entre elles sont enregistrées. Elles rassemblent en général trois invités différents, d’une part un observateur scientifique et d’autre part deux 2 intervenants professionnels, l’un qui défend un point de vue et l’autre qui défend le point de vue opposé. Nous avions par exemple organisé une conférence-débat sur le stockage souterrain du carbone qui rassemblait un juriste qui donnait le point de vue technique, des géologistes plutôt défavorables au procédé et des représentants de TOTAL plutôt favorables.

Quelles sont les perspectives ?

Nous avons actuellement une vingtaine d’étudiants : des juristes surtout, ainsi que des économistes et des ingénieurs. Nous avons un objet d’étude qui intéresse beaucoup de disciplines. Par exemple, les politistes ont beaucoup des choses à dire sur la politique publique du risque ; les psychologues sur la question de la prise de décision face au risque ; les sociologues qui parlent des constructions sociales des risques – qui interviennent déjà depuis cette année. 

Existe-t-il d’autres enseignements du même type?

Il existe d’autres enseignements sur ces problématiques - risques et environnement –, des masters, et des formations proches à Science Politique, des formations ingénieurs. Mais nous proposons une approche originale en croisant les disciplines.

 


Pour en savoir plus

 

Qui organise ce master ?

Ce master est proposée  par l’Ecole centrale de Lyon, la faculté de Sciences économiques et de gestion de l’université Lyon 2 et la faculté de Droit de l’université Lyon 3. Le site du diplôme http://risk.ish-lyon.cnrs.fr et sa page facebook.

Quels sont les débouchés ?

L’ensemble des débouchés sont soit professionnels, soit orientés vers la recherche (poursuite en thèse de doctorat académique ou professionnel) et sont assurés en sortie de la deuxième année. Sur le plan professionnel, l’intervention de nombreux professionnels est prévue dans les domaines des risques naturels, technologiques, la pollution, l’impact sur l’environnement et la santé.

Le master est jeune, il n'est pas facile de donner des débouchés sur un terme de quelques années, mais la diversité des stages obtenus par les étudiants en dit long sur la demande pour ce type de formation pluridisciplinaire : grandes entreprises, consultants, associatif, secteur public.

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